Compte-rendu de la 72e Semaine d’études liturgiques Saint-Serge
Ce colloque scientifique et œcuménique s’est déroulé dans les locaux de l’ITO Saint-Serge, du 29 juin au 2 juillet 2026, sur le thème :
Pour une écologie liturgique. La liturgie, témoin et source d’une théologie de la création
La rencontre a compté 24 exposés dont 3 en anglais, la plupart sur place et 3 à distance. Beaucoup d’orateurs étaient originaires de France, mais quelques-uns d’autres pays : Canada, Israël, Portugal, Roumanie, Russie, Suisse et Uruguay. Chaque jour, les participants ont été environ une trentaine sur place, et quelque dix personnes connectées à distance.
Dans une allocution d’ouverture, M. Michel Stavrou, Doyen de l’ITO, a introduit les travaux du Colloque en soulignant l’écologie comme une urgence contemporaine, à laquelle la Tradition chrétienne, et liturgique en particulier, devrait être à même de proposer des éléments de réponse. Face à de possibles réductions idéologiques, il est important de rappeler la vocation ultime du monde créé et voulu par Dieu. La liturgie est témoin actif de cette vocation lorsqu’elle révèle la dimension cosmique du salut, où le monde créé trouve sa place. La liturgie peut ainsi inspirer aux Églises une conscience écologique, au-delà de solutions éthiques toutes faites, au profit d’une intelligence renouvelée du monde.
Puis M. Dragan Kovacevic, enseignant invité de Théologie liturgique à l’ITO et président de cette première séance, a poursuivi cette introduction en relevant de son côté la vocation sacerdotale de l’être humain au sein du monde créé, ainsi que la dimension eschatologique omniprésente dans la liturgie, dimension dont la matière ne saurait être exclue. La liturgie anticipe dès ici-bas l’état de la création telle qu’elle se révélera à la fin des temps.
Le programme du colloque s’est articulé ensuite en six grands axes thématiques de réflexion.
Les travaux ont commencé par deux exposés sur la place de la matière et de la création dans des documents anciens, respectivement des textes patristiques et des prières. On a pu ainsi mesurer les conséquences de l’Incarnation sur le cosmos, telles que les envisagent ces témoignages vénérables ayant influencé nombre d’écrits et d’usages liturgiques postérieurs.
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Le 1er jour après la fin de cette séance introductive, les participants se sont rassemblés dans l’église Saint-Serge pour la célébration des Vêpres. L’office a été suivi par un vin d’honneur servi au réfectoire. Outre des échanges informels festifs, ce fut aussi l’occasion de présenter les Actes des précédents colloques, deux volumes enfin parus début juin 2026, respectivement :
– Liturgie et communion ecclésiale au miroir de la crise sanitaire, 68e SEtL, juillet 2022, ISBN 978-3-402-11343-1 ;
– Prières eucharistiques : reflets multiples de l’unique Mystère, 69e et 70e SEtL, juillet 2023 et juillet 2024, ISBN 978-3-402-11340-0.
Les modalités de l’acquisition des volumes demeurent difficiles en raison du manque de leur diffusion en France. Mais le plus simple est de les commander sur le site de la maison d’édition Aschendorff, située à Münster en Westphalie (<www.aschendorff-buchverlag.de> et rechercher « SEtL », ou par le titre du volume). Si de nombreuses personnes se connectent sur ce site pour chercher des renseignements à propos de nos Semaines, même sans rien commander, les éditeurs verront d’autant plus un intérêt manifesté pour nos travaux.
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Le deuxième axe thématique a proposé un choix de divers éléments naturels, pour en montrer la place en diverses traditions liturgiques. Qu’il s’agisse d’animaux de compag
nie, des fleurs, de l’eau ou des vignes et jardins, ou encore d’une gargouille, tous ces éléments peuvent trouver une place spécifique, exprimée dans la liturgie, pour aider l’être humain, à travailler à son propre salut, indissociable de celui du cosmos entier qui l’entoure, loin d’un rejet ou d’un simple utilitarisme. Grâce à ces diverses célébrations, c’est toute la création qui est offerte par l’homme à Dieu.
Les investigations se sont poursuivies avec un troisième volet par deux exposés plus généraux, respectivement sur des traditions juives et sur des épiclèses chrétiennes. Dans les deux cas, l’examen des documents montre la vocation de la création comme louange du Créateur ; la liturgie sous toutes ses formes restitue à cette vocation sa juste place.
Ont suivi, en un quatrième aspect, des analyses de témoignages hagiographiques et liturgiques sur la place des animaux dans la vie des saints, à partir de textes hagiographiques, homilétiques et hymnographiques. Plusieurs saints ont connu une relation particulière et paisible avec le monde animal. Loin de constituer des exceptions, ces exemples significatifs anticipent la situation du monde récapitulé en Dieu, et au sein duquel tout élément créé trouve sa place.
D’autres communications ont souligné la sanctification du temps et de l’espace. D’abord la place du Ps 103(104) dans la liturgie byzantine, manifestant et actualisant une vision eschatologique et laudatrice de la création. Cette louange s’inscrit aussi dans des coutumes populaires, telles que chants et décorations végétales, liées à des fêtes chrétiennes comme par exemple la Transfiguration ou la Pentecôte. Les coutumes présentées expriment en leur langage propre une participation de la création à la sanctification générale voulue par le Créateur.
Le sens eschatologique du temps, orienté vers le Second Avènement, est souligné dans la solennité byzantine du 1er septembre, date pour laquelle des compositions récentes dénoncent la pollution de la planète par les hommes, une attitude opposée au projet divin de place positive accordée par Dieu à la matière.
La célébration occidentale des Quatre Temps a fait l’objet de deux exposés montrant l’orientation du temps liturgique, donné à l’être humain comme occasion de progresser vers le salut, non uniquement de manière individuelle, mais engageant la planète entière. Ce salut s’inscrit dans le temps, si celui-ci est vécu liturgiquement, ce qui peut se faire grâce à ces solennités.
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L’après-midi du 3e jour du colloque, les participants se sont déplacés dans le centre de Paris pour aller visiter la Cathédrale Notre-Dame. Cette riche visite a notamment permis de
prendre conscience des défis de la restauration de ce monument célèbre, suite à l’incendie d’avril 2019. La Cathédrale est avant tout un lieu de culte et de recueillement, mais aussi un monument visité par de nombreux touristes, indépendamment de leur croyance. Le principal défi, relevé par les guides ayant accueilli le groupe, est de maintenir les lieux ouverts aux visites, notamment durant la célébration quotidienne de la Messe eucharistique. Les visiteurs sont régulièrement exhortés à garder le silence malgré leur grand nombre, et leur passage dans les déambulatoires ne perturbe pas le déroulement simultané des célébrations, susceptibles de toucher une personne en recherche. Outre l’intérêt artistique des vitraux, du mobilier et de l’architecture rénovée, cette visite s’est déroulée dans un esprit de recueillement en ce lieu emblématique.
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Le dernier volet thématique a compté huit exposés, incitant à une conversion écologique de et par la liturgie. La tradition anglicane souligne une sacramentalité de la création : ses diverses formules liturgiques s’opposent ouvertement à un pillage des ressources, pour lui préférer une préservation de la planète. Les exposés suivants ont insisté sur une écologie intégrale, où les animaux ne doivent pas être laissés de côté, attendant une certaine forme de participation à la sanctification (selon Rom 8,19). La liturgie opère une éducation de nos regards vers une attention accrue au monde qui nous entoure. Dans la tradition arménienne, diverses fêtes de l’année liturgique prennent en compte une sanctification de l’espace et de plusieurs éléments naturels (eaux, plantes, …), en fonction des diverses saisons, ainsi qu’une bénédiction dans les directions des quatre points cardinaux.
Un exposé a présenté le thème patristique très riche des raisons ou logoi de la création, évoquant notamment un lien profond entre l’Écriture sainte et le langage de la création, les deux provenant du Logos divin.
Enfin, deux exposés ont conclu le colloque en montrant les richesses de deux encycliques papales récentes. Les textes présentés soulignent l’importance d’un retour à une liturgie attentive à l’environnement, pour être à l’écoute des clameurs de la terre (selon Rom 8,22), en vertu de la réciprocité qui existe entre l’être humain et le monde qui l’entoure. Les sacrements étant faits de choses venant de Dieu, la célébration devient leur restitution à Dieu, dans un processus de récapitulation de l’univers tel que voulu par le Créateur.
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L’un des éléments dominants du Colloque, trouvant un écho dans un grand nombre des exemples et des usages locaux évoqués dans les exposés, est la nécessité d’un retour vers une liturgie où les chrétiens offrent à Dieu les divers éléments de la création, en les reconnaissant comme sortis de ses Mains créatrices. Chaque célébration liturgique utilisant des éléments matériels permet à Dieu d’aider l’être humain à en faire bon usage.
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Le souhait des organisateurs est que les points de vue et débats exprimés sur ces questions, sans prétendre leur apporter des solutions immédiates, incitent à la prise de conscience d’une nécessaire analyse en vue d’une actualisation ou réinterprétation de plusieurs formules de prières liturgiques. Sans que leur enjeu ne soit toujours bien compris, ces formules sont d’un usage courant dans les diverses communautés chrétiennes. Voilà qui motive l’importance, voire l’urgence de leur étude.
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Le choix des thèmes étudiés lors de ces colloques liturgiques annuels fait habituellement l’objet d’un sondage à partir d’une liste non exhaustive de divers sujets possibles. Cette année, les réponses ont été trop diversifiées pour favoriser une tendance vers un intérêt dominant. Mais à partir de l’un des projets proposés dans la liste, les organisateurs ont souhaité, pour la 73e de ces Semaines liturgiques, promouvoir une réflexion sur un sujet jugé porteur :
Noël, manifestation du Christ.
Ce vaste sujet pourra inclure des aspects théologiques, notamment christologiques, mais aussi sociologiques, la fête de Noël n’étant pas l’apanage des seuls chrétiens, astronomiques et calendaires, susceptibles de soulever des questions identitaires, sans oublier l’importance des coutumes telles que crèches, sapins, cadeaux… tous ces aspects à examiner sous l’angle de leur possible relation avec la liturgie.
Les dates retenues pour la rencontre sont : du 28 juin au jeudi 1er juillet 2027.
Un appel à exposés sera diffusé par les organisateurs dans le courant de l’automne de cette année.
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Depuis 1953, date d’une première rencontre, à l’exception de deux interruptions, l’une en 1956 et l’autre en 2020 en raison de la pandémie, les Semaines d’Études liturgiques sont annuellement organisées à l’Institut Saint-Serge. Ces rencontres se veulent à la fois œcuméniques et académiques. Leur objectif est une découverte réciproque des diverses traditions liturgiques, essentiellement par l’étude comparative de textes et d’usages, pour y déceler au-delà des différences et quelle que soit la diversité des pratiques, de possibles points de convergence doctrinale.
Concernant cette 72e rencontre qui vient de s’achever, ainsi que la suivante prévue en 2027, dont le programme est en cours d’élaboration, toute question, suggestion ou remarque sera la bienvenue à cette adresse :
Merci pour votre confiance,
Les organisateurs des Semaines liturgiques Saint-Serge.
Pour consulter l’album de photos de la 72e édition, veuillez cliquer ici.
